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L’application de rencontres de la communauté LGBTQ appartient au conglomérat chinois Beijing KulunTech. Plutôt centrée sur le jeu vidéo, la société a fait l’acquisition de Grindr (d’abord à 60% pour 93 millions de dollars en 2016 puis les 40% restant en 2018).

 

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Elle a annoncé courant mai la revente de l’app avant le 30 juin 2020. C’est le comité sur les investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS) qui a ordonné à Kulun de revendre Grindr en invoquant des raisons de sécurité nationale. Retour sur cette affaire.

 

Grindr, qu’est-ce que c’est ?

Grindr est une application de rencontre à destination des hommes (homosexuels, bisexuels ou bicurieux) disponible sur iOS et Android. Elle permet de discuter et d’échanger des photos avec des hommes géolocalisés autour de soi. Elle est surtout connue pour faciliter les rencontres sexuelles. L’appli a été lancée en mars 2009 par Nearby Buddy Finder et reçoit immédiatement des bons retours. Très vite, le site va trouver des utilisateurs dans le monde entier par le biais du bouche-à-oreilles et des différents médias.

Le fondateur de Grindr, Joel Simkhai, a signalé une activité du site dans 192 pays y compris en Iran, en Irak et au Kazakhstan. Grindr remporte le prix du meilleur site de rencontres mobile ais iDateAwardsen 2011. La même année, le site décide de lancer une version ouverte à toutes les orientations sexuelles nommée Blendren partenariat avec Badoo. Grindr compte plusieurs concurrents, comme Jack’d ou Hornet.

 

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En 2018, l’appli est vivement critiquée pour des problèmes liés à des données très confidentielles des utilisateurs. Enfin en 2019, l’administration Trumpdemande aux propriétaires chinois de Grindr de céder leur participation de crainte que Pékin utilise des informations personnelles pour influencer des responsables américains. C’est la première fois dans l’histoire des Etats-Unis que lecontrôle étranger d’une application de Social Media est mise en cause pour ses éventuelles conséquences sur la sécurité nationale.

 

Un scandale autour des données en 2018

Grindr propose de renseigner des informations très personnelles afin de permettre de rencontrer l’âme soeur selon des critères bien précis. C’est ainsi que l’appli va demander à ses utilisateurs de renseigner leur séropositivité. Ainsi que la date de leur dernier test. Ceci sur leur profil afin de rassurer (ou non) les personnes qui souhaitent le rencontrer. Cela part d’une bonne intention dans ce cadre. Mais c’est bien évidemment une donnée très sensible en fonction des personnes qui l’ont entre les mains.

Selon Buzzfeed, en 2018 Grindr aurait ainsi partagé ce type d’information avec deux entreprises, Apptimize et Localytics. Elles étaient chargées d’optimiser le contenu des applications. En plus du statut sérologique de ses utilisateurs, Grindr a aussi partagé leur localisation ou leur téléphone et adresse mail. Cela a rendu ces informations identifiables. Avec près de 3,6 millions d’utilisateurs à cette date, ce partage de données représente une faille de grande envergure pour l’application et le scandale ne tarde pas à éclater. Aussi, les révélations de Buzzfeed ont été prises très au sérieux par certains élus américains qui sont immédiatement montés au créneau, évoquant la mise en danger des personnes homosexuelles qui utilisent Grindr.

 

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De son côté, l’application de rencontres s’est fendue d’un communiqué. Grindr n’a jamais vendu et ne vendra jamais d’informations personnelles identifiables… En particulier les données relatives au statut VIH ou à la dernière date de test … À des tierces parties ou à des annonceurs”.

Cette déclaration est loin d’avoir calmé les esprits puisqu’elle se contente de nier les affirmations de Buzzfeed. En off pourtant, il se raconte que Grindr aurait stoppé immédiatement le partage de ces informations.

Pour rappel, les deux entités tierces concernées sont Localytics et Apptimize. La première est un service d’analyse de données. Elle promet d’aider les applications mobiles à être davantage utilisées par leurs membres. La seconde permet de tester une modification de la plate-forme sur un petit nombre d’utilisateurs. Ainsi, toujours selon Grindr, « Des milliers d’entreprises utilisent ces plates-formes. Ce sont des pratiques standards ». Le dirigeant de Grindr a également insisté sur la responsabilité des utilisateurs. Particulièrement ceux qui remplissent volontairement le champ « VIH » de leur profil… Alors que la plate-forme est un « forum public ». 

Ce désengagement dans la responsabilité de l’appli de rencontre n’a pas vraiment plu aux utiliateurs. En France, l’association de lutte contre le sida Aides a appelé à tout simplement boycotter l’application : 

“Aides appelle au boycott total de Grindr, et invite les utilisateurs actuels à changer d’application”.

Les entreprises qui font leur beurre sur la sexualité de leurs clients se doivent a minima d’être exemplaires. Exemplaires sur la protection des données de leurs clients ET sur les enjeux évidents de prévention et de santé publique.”

 

Des risques pour la sécurité

Au-delà des risques individuels que comportent la divulgation de données sensibles via cette application, c’est la sécurité du pays tout entier qui serait menacée selon les autorités américaines. D’après des informations du Wall Street Journal publiées en mars, une administration ordonnait à Kunlun Tech de céder Grindr, en raison de craintes de sécurité. Il serait ainsi envisageable que certains utilisateurs américains soient victimes de chantage si le gouvernement chinois exigeait des données à Kunlun Tech. L’organe chargé d’examiner les conséquences sécuritaires des acquisitions de groupes étrangers aux États-Unis (le CFIUS) s’inquiétait d’une loi chinoise de 2017 qui impose aux entreprises du pays de coopérer avec les services de renseignements.

Certains experts font en effet part de leurs craintes. En particulier concernant notamment des militaires, des membres du gouvernement, des pontes de la défense, de l’intérieur, ainsi que des dirigeants du FBI ou de la CIA qui utiliseraient Grindr. Ceci pourrait amener à une compromission de la sécurité intérieure.

 

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Rappelons toutefois que la problématique de respect de la vie privée se pose dans tous les pays. L’ONG de défense des droits numériques Privacy International indique :

« Il est inquiétant que l’ensemble des utilisateurs de Grindr, peu importe leur nationalité, soient à la merci d’un gouvernement, que ce soit le gouvernement chinois ou américain.»

Tout ceci prend donc des proportions alarmantes. Surtout dans un contexte de rivalité entre la Chine et les Etats-Unis pour la domination technologique… Intelligence artificielle, 5G, Big data… Sur fond de guerre commerciale.

 

 

lina

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